Méthodes d’endormissement autonome : les 4 fondamentaux
Quand on commence à s’impatienter que Bébé fasse ses nuits, on se demande quelle méthode utiliser pour l’y aider. On cherche, on lit, on demande conseil autour de soi.
Et là, c’est le vertige : des dizaines de méthodes aux noms anglophones, des approches qui semblent parfois diamétralement opposées, des promesses de résultats en quelques jours ou quelques semaines qui semblent un peu trop belles pour être vraies. De quoi se sentir perdu, voire découragé avant même d’avoir commencé.
Pourtant, j’ai une bonne nouvelle : derrière cette diversité apparente, toutes ces méthodes tournent autour des mêmes quatre grands principes. Une fois qu’on les comprend, on peut piocher ce qui nous parle et construire une approche qui nous ressemble vraiment.
Dans cet article, je vous propose un décryptage de ces quatre fondamentaux. Des clés pour vous aider à y voir clair et à faire vos propres choix.

Principe 1 : Gérer les pleurs
On a tous déjà entendu cette phrase, souvent dans la bouche d’un ancien : “Il n’y pas de bébé qui ne fait pas ses nuits, il n’y a que des portes qui ferment mal.”
Aujourd’hui, rares sont les jeunes parents qui ne tiquent pas en entendant cela. Pourtant, de nombreuses méthodes font la part belle à la gestion des pleurs.
Comment ? Pourquoi ? Faisons le tour ensemble.
Quelques méthodes emblématiques
Ces méthodes sont souvent rattachées à des principes qu’on résumés par les mots-clés anglais suivants :
- Crying It Out (CIO) : laisser pleurer Bébé jusqu’à ce qu’il s’endorme.
- Controlled crying : même principe, mais avec des interventions parentales au bout d’un certain temps.
- Extinction : allonger les intervalles avant d’intervenir.
On retrouve ces principes dans des approches plus ou moins bien connues en France : le 5/10/15 de Richard Ferber, les écrits de Marc Weissbluth, Heidi Murkoff (What to Expect When You’re Expecting), Robert Bucknam et Gary Ezzo (On Becoming Babywise), ou encore Suzy Giordano et Lisa Abidin (The Baby Sleep Solution).
Côté francophone, figurent les méthodes des 15 secondes de Brigitte Langevin ou du Chrono-Dodo d’Aude Becquart.
L’enjeu : on n’y échappera pas
Ces méthodes n’ont pas toujours bonne presse, mais elles sont si nombreuses qu’on ne peut pas ignorer la question : pourquoi existent-elles ? à quel besoin répondent-elles ?
Et la réponse est simple : il est quasiment impossible d’apprendre à son enfant à faire ses nuits sans le moindre pleur. Il faudrait une telle progressivité et un tel alignement des planètes que c’est… disons “hautement improbable”. En pratique, les jeunes parents vont gérer des pleurs, que ce soit au coucher ou pendant la nuit.
Intéressant donc de répondre à la question : comment ? Ce qu’il faut retenir de ces méthodes est qu’il est globalement pertinent de temporiser avant de réagir.
C’est le seul moyen de permettre à son enfant de développer des stratégies d’auto-apaisement : sucer une tétine ou un doigt, caler son front contre le bord du lit, bouger en rythme (on parle de “rythmies du sommeil”), caresser un doudou, mettre ses poings au visage, etc. Si on ne lui laisse pas le temps d’explorer d’autres options que “Papa ou Maman viennent me rassurer”, Bébé ne peut pas les découvrir et encore moins les utiliser.
La dérive : ignorer / traumatiser son enfant
Le risque, bien sûr, c’est de basculer dans l’indifférence. Certains parents, pour suivre la méthode, peuvent en venir à ignorer tous les pleurs, même ceux qui signalent un inconfort ou un besoin ponctuel.
Les auteurs de ces approches précisent pourtant souvent que l’enfant doit être en bonne santé pour que la méthode soit applicable. Mais dans la pratique, il est facile de tomber dans une lecture trop rigide.
Certains craignent aussi une atteinte au lien d’attachement ou un traumatisme. Mais quand on les lit dans le texte, ces auteurs ont des propos plus nuancés et pragmatiques que l’a priori qu’on en a souvent.
De fait, l’approche de Suzy Giordano et Lisa Abidin nous a grandement inspiré lorsque nous avons buté sur les nuits encore fragmentées de notre aîné à 15 mois. Elle a le mérite de proposer un minutage avant intervention beaucoup plus court, plus accessible que chez d’autres auteurs : 3 à 5 minutes de temporisation avant d’intervenir.
Pour autant, nous avons constaté qu’utiliser un chronomètre dans ces moments rigidifiait notre approche, nous faisait perdre en bon sens… et était bien sûr parfois très difficile à vivre pour nous, jeunes parents d’aujourd’hui. En somme pour moi, si prendre le temps d’écouter la nature des pleurs avant d’intervenir relève du bon sens et est très efficace, le faire chronomètre en main me semble généralement inadapté.

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Principe 2 : Structurer un rythme pour Bébé
Avant même d’aborder la gestion des pleurs, certaines méthodes insistent sur un préalable : poser un contexte favorable à l’établissement des nuits complètes. Car Bébé ne fera ses nuits que lorsque ses journées seront prévisibles et bien remplies.
Les méthodes : Tracy Hogg, Elizabeth Pantley, Suzy Giordano, Anna Wahlgren
Parmi les défenseurs de cette approche, on trouve :
- Tracy Hogg et son approche EASY, pour Eat, Activity, Sleep, You
- Elizabeth Pantley, autrice de son très fouillé Un sommeil paisible et sans pleurs, que j’avais eu l’occasion d’emprunter à ma sage-femme pendant ma deuxième grossesse
- Suzy Giordano et Lisa Abidin avec The baby sleep solution, encore
- Anna Wahlgren, qui présente sa démarche dans Au dodo les petits, et dont j’ai surtout beaucoup entendu parler par des amis
Pour celles et ceux qui ont connu le blog Rêver s’éveiller, Esthel faisait aussi la part belle à l’établissement d’un rythme pour Bébé pour accompagner la consolidation de son sommeil nocturne.
Pourquoi structurer les journées ?
Etablir un rythme fixe en journée aide à :
- garantir de répondre aux besoins de l’enfant (alimentaires, physiques, intellectuels, émotionnels) en journée, pour que ces besoins ne perturbent pas le sommeil la nuit
- poser des repères temporels, des “donneurs de temps”, pour Bébé qui peut ainsi mieux se repérer
- synchroniser les cycles biologiques de l’enfant avec les contraintes du quotidien et donc augmenter les chances que Bébé ait sommeil au moment où on souhaite le coucher
- faciliter le quotidien en éliminant des micro-décisions et en réduisant la charge mentale
- favoriser un retour au rythme normal après des perturbations (ex : les vacances !)
La routine est le moins bruyant et le plus puissant des engrenages
Gustave Vapereau
Mais ce cadre ne convient pas à tous. Certaines familles, par préférence personnelle ou par contrainte (travail, mode de garde…), ont besoin de plus de souplesse.
Principe 3 : Accompagner Bébé vers son sommeil
Même poser un cadre favorable ne suffit pas forcément. Il faut aussi souvent accompagner activement Bébé dans son expérimentation de l’endormissement.
Comment accompagner ?
On retrouve ici les mêmes autrices : Tracy Hogg (avec le concept “prendre et reposer”), Elizabeth Pantley, Giordano et Abidin, Anna Wahlgren.
Le sujet étant comment inciter Bébé à s’endormir, les méthodes qui en parlent développement essentiellement deux axes :
- un répertoire d’outils : bercer, chanter, faire des sons graves, marcher, caresser, “flapoter”… La clé est de tester ce qui marche le mieux avec son enfant et pour soi.
- les rituels. Certains étant très théorisés, d’autres beaucoup moins. Le point commun étant la répétition, la régularité, la prévisibilité.
Parmi les rituels les plus théorisés, une amie m’avait dit beaucoup de bien d’un rituel de quatre phrases répétées à chaque coucher :
Tu es en sécurité dans ta chambre.
Papa et Maman t’aiment même pendant la nuit.
Tu dois bien dormir pour bien grandir.
On se retrouve demain matin pour le petit-déjeuner.
Sécurité, amour, sens et perspective/fin. Quatre éléments pour rassurer définitivement.
Ce qui sous-tend cette attention à la répétition et à la réassurance est qu’un nouveau-né isolé est un nouveau-né qui survit moins longtemps. Bébé proteste quand on le laisse car ce comportement maintenant ancré dans ses gênes et son cerveau était historiquement favorable à sa survie.
Intérêt et limite
L’intérêt de ces approches est de se mettre au niveau de ce dont l’enfant est capable et de l’accompagner progressivement dans sa découverte du processus d’endormissement. L’approche est douce, autant pour l’enfant que pour le parent.
Mais le risque est de rester indispensable à l’endormissement. Cet accompagnement proximal doit s’estomper progressivement pour que l’enfant devienne de plus en plus proactif dans son endormissement.
C’est pour cela que l’idée de distance est centrale dans de nombreuses méthodes.
Bébé ne fait pas ses nuits… et vous avez hâte ?
Il suffit parfois d’une idée, une astuce pour changer la donne. Donc chaque lundi, j’envoie exactement ça dans la newsletter Opération Dodo.
Et parce que votre temps est précieux, les emails se lisent en moins d’une minute.
Principe 4 : S’éloigner pour rendre autonome
Plusieurs méthodes mettent l’accent sur la séparation progressive pour favoriser l’autonomie de l’enfant.
Exemples de méthodes
Les méthodes citées précédemment intègrent cette réflexion mais d’autres la placent véritablement au premier plan :
- Sleep Sense Program de Dana Obleman, avec un éloignement physique progressif du parent organisé sur 10 nuits.
- La méthode de la chaise : le parent, assis sur une chaise à côté du lit pour l’endormissement, recule cette chaise de quelques centimètres chaque soir jusqu’à sortir de la chambre.
- Le camping out : dormir à côté de l’enfant, puis éloigner progressivement le matelas jusqu’à sortir de la chambre.
L’enjeu : atteindre l’endormissement autonome
Je l’ai déjà dit et d’autres l’ont dit avant moi : s’endormir, c’est se séparer. Quitter l’éveil, la conscience, ses parents. L’endormissement autonome implique une acceptation de cette séparation, par l’enfant et par le parent.
Le sommeil est une séparation.
Daniel Pennac
Pour y arriver, on peut décomposer la séparation en étapes, par exemple :
- L’enfant s’endort dans son lit, le parent est à côté et l’accompagne activement (contact physique et berceuse par exemple)
- Puis même position, mais en silence.
- Puis sans contact physique.
- Puis le parent s’éloigne.
Les méthodes ci-dessus prédéfinissent des paliers précis.
Vous pouvez aussi observer votre enfant pour déterminer ce qui est plus ou moins difficile pour lui et définir votre propre progression. L’important est d’estomper votre accompagnement au fur et à mesure que Bébé s’habitue à s’endormir dans les conditions que vous lui proposez.
Le risque : aller trop vite, revenir en arrière
Toute la difficulté se trouve aussi là : gérer cette progressivité. Il faut évaluer ce dont son enfant est capable, et il faut gérer les aléas (un rhume, un vaccin…). Pour garder le cap malgré cela, quelques astuces :
- garder en tête l’objectif final
- en cas de difficulté particulière un soir, accompagner son enfant autant que nécessaire, ni plus, ni moins
- observer la tendance sur 3-7 jours
- ajuster le tir au fil de l’eau.
Et surtout : ne vous mettez pas la pression. Si vous avancez dans la bonne direction, Bébé fera ses nuits sous peu dans tous les cas.
Conclusion : gardez ces principes et guidez votre enfant
Si vous retenez une chose de cet article, retenez celle-ci : plus qu’une méthode donnée, ce sont les réflexions qui la sous-tendent qui vont vous aider à changer la donne.
Les méthodes sont le plus souvent présentées comme des cadres rigides dont il ne faut surtout pas s’écarter pour garantir les résultats. Mais s’il existait vraiment UNE recette optimale qui fonctionne pour tous les enfants et toutes les familles, il n’y aurait qu’une seule méthode sur le marché, pas des dizaines.
La vérité, c’est que chaque famille est unique. Votre enfant a son tempérament, vous avez vos valeurs, vos contraintes, votre sensibilité. Ce qui a marché pour ma voisine ne marchera peut-être pas chez vous, et inversement.
Alors inspirez-vous des méthodes qui vous parlent le plus, appropriez-vous les concepts qu’elles développent et adaptez-les à votre foyer.
Faites-vous confiance. Tous les enfants font leurs nuits un jour. Vous allez y arriver.
A lire aussi sur le sommeil de Bébé
Mes sources
- Fée Dodo – Article L’endormissement autonome : les méthodes existantes – mis à jour le 30/07/2025, consulté le 25/11/2025
- Marianne Bertrel – Article *Méthodes pour endormir mon bébé : toutes les méthodes expliquées par une spécialiste du sommeil* – mis à jour le 13/09/2024, consulté le 25/11/2025
- Healthline – Article Everything You Need to Know About the Cry It Out Method – mis à jour le 25/06/2025, consulté le 25/11/2025
- Le pot de crayon – Article Ecouter le rythme de bébé [livre de Tracy Hogg] – analyse critique – publié le 1/10/20215, consulté le 25/11/2025
- Quotidien Magique – Article Au dodo les petits, méthode bienveillante pour faire ses nuits – mis à jour le 14/04/2019, consulté le 25/11/2025
- Site du programme Sleep Sense – consulté le 25/11/2025
- Elizabeth Pantley, Un sommeil paisible et sans pleurs, paru le 16 juin 2005 aux éditions AdA
- Suzy Giordano et Lisa Abidin, The baby sleep solution, paru le 5 décembre 2006 aux éditions Tarcher Perigee
- Esthel, sur son blog Rêver s’éveiller, archivé depuis début 2024
FAQ
Parce qu’il n’existe pas une seule façon universelle de faire dormir un bébé. Les enfants ont chacun leur rythme, les familles leurs contraintes, et les parents leurs valeurs. D’où la variété des approches possibles.
Oui et non. Zéro pleur, c’est presque impossible. Après tout, un bébé communique en pleurant. Mais un vécu doux de cette acquisition, c’est possible.
Non, pas lorsqu’elles sont appliquées avec bon sens. Les méthodes les plus strictes sont souvent celles qui sont les plus exigeantes sur la bonne santé sur les prérequis avant de se lancer. Et il ne s’agit pas d’ignorer ou de traumatiser son enfant, mais plutôt de doser son intervention.
Cela aide à répondre aux besoins de Bébé en journée, à poser des repères temporels et à mieux synchroniser ses cycles avec le quotidien. C’est aussi un levier pour faciliter les couchers et réduire les tensions.
Parce qu’il permet à Bébé de se rendormir seul la nuit. Cela limite les réveils parentaux et favorise un sommeil plus continu et réparateur pour toute la famille.
En gardant une marge de souplesse, en observant les réactions de son enfant et en écoutant son propre ressenti. Une méthode doit être un guide, pas une contrainte absolue.
Changer d’approche. Il ne s’agit pas d’obtenir une bonne note d’application d’une méthode mais d’aider votre enfant à faire ses nuits. Si le changement de stratégie s’impose, suivez le mouvement. Il faut observer, ajuster, et parfois faire un pas de côté pour mieux avancer.
Oui, et c’est même recommandé. Aucune méthode ne convient à tous les bébés ni à toutes les familles. S’approprier les concepts et les adapter est souvent la clef du succès.
Oui, c’est souvent ce qui se passe en pratique. Comprendre les principes de chaque méthode permet de construire une approche personnalisée et adaptée à son enfant et à son quotidien.









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